Photo : 31 décembre 2011 à Collioure par J. L.
En acceptant la Palestine comme 195e membre de son organisation, l'Unesco réalise un beau et courageux geste lors de la 36e session de sa Conférence générale.
Dans son discours, la Directrice Générale de l'Unesco, Irina Bokova, a affirmé que cette adhésion est "le fruit de l'aspiration d'un peuple à rejoindre pleinement la famille des nations du monde, liées entre elles par une même ambition de paix, et le partage de valeurs communes". Elle a également rappelé que le Secrétaire Général des Nations Unies, Ban Ki-moon, considérait qu' "une solution à deux Etats, vivant en paix et en sécurité, se fait attendre depuis longtemps dans la région" - trop longtemps ?
La réaction des Etats-Unis à ce vote pourtant sans appel - 107 "pour" dont la France (enfin), 52 abstentions, 14 "contre" - d'annuler son versement de 60 millions de dollars à l'Unesco manque considérablement d'élégance... même s'il s'agit d'une obligation légale de ne pas financer une agence onusienne qui reconnaît la Palestine...
On attendait mieux du Président nord-américain et Prix Nobel de la Paix en 2009, surtout depuis son discours au Caire en 2009 dans lequel il reconnaissait qu'un Etat palestinien était légitime.
Voir aussi :
Le discours d'Irina Bokova au siège de l'Unesco à Paris le 31 octobre 2011
Charles de Gaulle, la Palestine et Israël... bien loin de Sarkozy...
"La France doit dire oui à la création d’un Etat palestinien souverain" Jean-Pierre Chevènement
Le plan social refusé légitimement par les employés fait traverser une crise sans précédent au quotidien local. Les difficultés rencontrées par le secteur de la Presse en France ne semblent pas expliquer à elles seules la situation actuelle. En effet, sous la pression du propriétaire du titre, le groupe Sud Ouest, la Direction des Journaux du Midi tente de supprimer un nombre important d'emplois dont une trentaine à L'Indépendant. Pourtant, le quotidien publié dans les Pyrénées-Orientales et l'Aude reste bénéficiaire. Aussi, l'intention de la Direction semble davantage venir d'une volonté de se servir de L'Indépendant comme une marge d'ajustement pour palier aux difficultés rencontrées par les autres titres du groupe. Cette attitude n'est pas nouvelle et semble remonter à l'époque du rachat des Journaux du Midi par Le Monde en 2000. Les dirigeants du quotidien national vont ainsi dépecer le journal en vendant la plupart des "bijoux de famille" : rotatives, siège à Rivesaltes... afin d'équilibrer les comptes parisiens. Revendu au groupe Sud Ouest, l'histoire continue avec une impression de déjà vu, sauf qu'il ne reste plus grand chose à brader, mise à part les salariés eux-mêmes, ce qu'il faut combattre au nom de l'autonomie, voire de la survie, du "journal d'ici".
Voir aussi :
Sur trois terrains baptisés «Liberté», «Égalité» et «Fraternité», les personnes sans-abri du monde entier vont disputer leur Coupe du monde de football à partir de dimanche et durant une semaine au pied de la Tour Eiffel sur le Champ de Mars à Paris.
Pour cette 9e édition de la Homeless World Cup (HWC), des joueurs de 64 équipes — 48 masculines, 16 féminines — venues de 53 pays vont s'affronter, mais surtout se rencontrer et partager, avec l'espoir de mieux rebondir. «Le but du jeu est de trouver un état d'esprit commun pour pouvoir avancer. Pour suivre une formation, pour obtenir un boulot, il faut être dynamique. Le sport le permet, il donne des repères», souligne Patrick Mbeu, membre du Comité local d'organisation (CLO) de cette Coupe du monde des personnes sans abri. «La passe au foot renvoie à la notion de partage. On parle d'intégration, d'assimilation, mais pour atteindre un but, il faut avancer dans le bon sens avec tout le monde, respecter les consignes. C'est l'essence même de cet événement». Passé lui-même par «la grande précarité», Patrick Mbeu symbolise l'état d'esprit des organisateurs d'un événement mis sur pied pour et par les sans-abri. «Je suis passé du statut d'aidé au statut d'aidant», explique le joueur de l'édition 2007 de la compétition à Copenhague, désormais membre du collectif «Remise en jeu». Ce collectif créé en 2006 par des associations de lutte contre l'exclusion soutenant un projet d'insertion par le sport, a été chargé de la préparation de l'équipe de France des personnes sans-abri. Arezki Saouli et Samir Amira sont devenus entraîneurs des équipes de France masculine et féminine 2011 après avoir été joueurs de la Homeless World Cup 2010 à Rio de Janeiro.
«Il y a 140 000 personnes sans-abri en France, dont 10 à 15 pour cent de femmes», rappelle Benoît Danneau, le directeur du CLO, qui entend faire de l'événement une énorme caisse de résonance en faveur des personnes en grande difficulté. Ainsi, pour la première fois dans l'histoire de la Homeless World Cup créée en 2003 par l'Écossais Mel Young, un colloque sur la problématique de l'exclusion va réunir des chercheurs du monde entier en parallèle de la compétition. «Des personnes en difficultés, des bénévoles, des travailleurs sociaux, des chercheurs et on l'espère des hommes politiques vont tour à tour prendre la parole dans une espèce de rassemblement collectif afin de mettre en lumière les pratiques professionnels des uns et des autres, offrir des éclairages en terme de nouveaux savoir-faire, explique Benoît Danneau. Échanger sur les pratiques professionnelles, mutualiser ces pratiques, cela ne s'est jamais fait. À l'exception de la Coupe du monde, il n'y a aucun rassemblement international où vous avez sur la question des personnes à la rue autant de pays présents». Le CLO espère encore laisser un héritage inédit de l'événement en matière d'insertion avec la volonté de créer un Centre national d'insertion par le sport et la culture (CNISC). Ce lieu de vie pourrait accueillir pour des séjours d'un mois une trentaine de personnes sans-abri afin de lancer un projet professionnel durable. Le budget d'un million d'euros dégagé par le CLO va permettre l'hébergement dans de bonnes conditions de 640 personnes sur 10 jours et de vrais repas fournis quotidiennement aux participants à l'École militaire. «Paris 2011 HWC est un fabuleux tremplin pour les personnes en situation d'exclusion, pour retrouver l'espoir et une place dans la société», souligne Arsène Wenger, manager d'Arsenal et président du CLO, qui a encore pour parrains Emmanuel Petit et Lilian Thuram, les ex-champions du monde 1998. La HWC, qui sonde les participants six mois après l'événement, estime que «70 pour cent des joueurs voient leur vie évoluer en mieux»: retour à l'emploi, retour à la famille, hébergement qui s'améliore, dépendance qui diminue.
«Je veux, si je suis élu président de la République, que d'ici à deux ans, plus personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir et d'y mourir de froid. Parce que le droit à l'hébergement, c'est une obligation humaine», avait déclaré Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, en décembre 2006. L'annonce par le gouvernement en 2011 d'une réduction de 3,3 pour cent du budget de l'hébergement d'urgence et la baisse des budgets des associations pouvant atteindre 25 pour cent ont mis en ébullition les milieux de l'entraide. La démission en juillet de Xavier Emmanuelli, le fondateur et président du SAMU social, est seulement la partie émergée d'un iceberg de contestation grandissante. Le CLO s'inquiète de possibles manifestations qui pourraient mettre en danger la Coupe du monde des sans-abri. «L'idée est de ne laisser personne sur la touche. Venez pour soutenir, pas pour manifester, explique Patrick Mbeu, en charge de la cérémonie de clôture le dimanche 28 août qui verra le passage de témoin au Mexique, organisateur de la HWC 2012. Sinon cela créerait une situation discriminatoire et une double peine pour les personnes des délégations déjà lourdement condamnées par la grande précarité qu'elles connaissent dans leurs pays.»
JEAN-LUC COURTHIAL, THE ASSOCIATED PRESS
Peu de personnes partagent la passion pour les aires d’autoroutes, sauf peut-être dans une poésie de Michel Houellbecq sur le sujet.
Pour la plupart de nos semblables, les aires d’autoroutes sont le summum du lieu sordide dans lequel on est malheureusement obligé de s’arrêter afin de remplir le réservoir de son véhicule et de vider sa vessie. Tous les à côtés du lieu leur échappent.
L’arrêt dans une aire de services peut au contraire être un moment de grand plaisir, une joie enfantine et vivement attendue.
Ce lieu d’une esthétique souvent surannée demeure une « invitation au voyage » de par sa composition sociale.
Le reportage dans l’hebdomadaire Marianne du 30 juillet (C’est encore loin les vacances ? de Nathalie Gathié, Bruno Lévy, et Jocelyn Ramasseul) montre bien ce mélange hétéroclite de voyageurs professionnels (routiers, hommes d’affaire…), de voyageurs touristiques, et d’employés des aires. Un petit monde composé d’inconnus qui se côtoient le temps d’un passage au restaurant self-service, d’un échange de produits pour le picnic, d’un café pris de moins en moins au comptoir mais à la machine automatique, d’un plein d’essence, d’enfants jouant ensemble, ou d’un croisement dans les toilettes, avant de reprendre chacun sa route vers sa destination.
Le moment choisi pour le reportage : les grandes vacances d’été, est opportun, car il permet de bien ressentir cette ambiance estivale et populaire rappelant des chansons de Trenet, les documentaires sur les congés payés, ou nos propres souvenirs de jeunesse.
Marianne n’oublie pas sa vocation politique et rappelle le scandale de la privatisation des autoroutes conduisant à des tarifs en constante augmentation afin de distribuer de gros dividendes aux actionnaires… Les journalistes expliquent également que les employés sont tenus au secret, n’osant pas évoquer leur quotidien de peur de perdre leur emploi… Enfin, l’article explique le combat du dernier restaurant indépendant du réseau des Autoroutes du Sud de la France : « la dinée » qui servait du cassoulet traditionnel aux voyageurs de passage…
Gageons que cette évolution économique libérale ne va pas désenchanter ce merveilleux espace temps sur les aires de services de nos autoroutes.
Entretien avec Nicolas Lebourg, chercheur à l’université de Perpignan, spécialiste de l’extrême droite et de la violence politique, à lire : ici
Extrait de la couverture du Journal de Spirou (Dupuis)
A l'occasion de la fête nationale belge ce 21 juillet, le Journal de Spirou publie un numéro historique pour défendre l'unité du pays à travers des courtes bandes dessinées d'auteurs comme Trondheim, Bouvard, Velhman, Clark ou Nix. Le rédacteur en chef du magazine, Frédéric Niffle, revient sur ce numéro historique.
Pourquoi le Journal de Spirou a-t-il décidé d’entrer le débat politique?
Je suis citoyen belge et Bruxellois. Cela fait plus d’un an que cette situation est à la une des journaux et qu’on en parle. Je m’étonne même qu’il n’y ait pas eu
davantage de réaction citoyenne. Pour moi, ce numéro, c’est un devoir citoyen. Nous sommes un petit iceberg au milieu de l’immensité et le fait de se disputer, c’est complètement ridicule,
absurde, surtout en ce moment où l'Europe ne va pas bien.
Le Bénélux est à l’origine de la construction européenne et la Belgique parle ainsi un peu à tout le monde. Nous sommes une frontière entre le côté latin et le
côté germanique et Bruxelles est un peu une Babel. C’est un beau modèle. Sauver la Belgique, c’est sauver l’Europe.
Est-ce que c’est la première fois que Le Journal de Spirou prend
autant position?
C’est effectivement la première fois mais c’est surtout lié à nos délais de publication. Le projet a été initié il y a deux mois et demi. La BD, c’est assez long
à produire et nous ne pouvons potentiellement réagir que sur de l’actualité très pérenne. Quand nous avons pris la décision de faire un numéro spécial sur l’absence de gouvernement, c’était un
peu un pari. Après, en 1973 par exemple, les auteurs Peyo et Yvan Delporte avaient déjà abordé la question de la division avec l'histoire Schtroumpf
vert et vert schtroumpf.
Les Schtroumpfs se disputent et s’affrontent sur des questions linguistiques pour savoir s’il faut dire dire un «tire-bouschtroumpf» ou un «schtroumpf-bouchon». En Belgique, il y a toujours eu ce type de querelles linguistiques,
mais là cela va plus loin, on est confronté à un vrai blocage.
Pensez-vous que les artistes en général peuvent avoir une influence dans ce débat?
Je pense que les dessinateurs de presse notamment peuvent avoir une grande influence. Nous sommes les fous du roi, nous avons ce regard un peu plus éloigné qui
permet de faire la synthèse, de mieux comprendre.
On a reçu des emails, des courriers, des réactions très enthousiastes. Ce qui est marquant, c’est surtout l’impact médiatique d’une telle initiative à l’étranger,
en France ou au Canada. Pour les médias, comme c’est une querelle politique extrêmement complexe à comprendre, c’est un bon nouveau moyen d’aborder le sujet. Et pour les lecteurs – nous avons
un public familial, avec autant d'adultes que d'enfants – c’est aussi une prise de conscience. Si mêmeSpirou en parle, c’est que la crise est
vraiment grave.
La vision de la crise varie-t-elle selon la nationalité de l’auteur, Wallon, Flamand ou Français?
Dans ce numéro, il y a trois voix. Ces humours reflètent d’ailleurs assez bien la personnalité des différentes cultures. Les dessinateurs français ont un regard
plus caricatural, plutôt potache. Les Wallons sont très portés sur l’autodérision, comme les dernières pages qui parlent de La fin des
Belges de Clarcke. Les Flamands sont, eux, plus influencés par les Anglais, avec beaucoup d’absurde et de «nonsense» comme Reboot de Nix qui propose de faire sortir les habitants de la Belgique et de tout réinstaller.
Après, tout le monde est d’accord sur la volonté de préserver l’unité du pays.
Quelles sont les propositions que font les auteurs?
Nous sommes un journal d’humour, il n’y a pas de propositions réalistes. Alors par exemple on propose de mettre un filtre d’amour dans les eaux belges, de faire
appel à un exorciste ou de tout «reboot». Le seul moment vraiment sérieux, c’est l’édito. Mais, «l'humour, c'est la politesse du désespoir», disait Boris Vian.