Sur trois terrains baptisés «Liberté», «Égalité» et «Fraternité», les personnes sans-abri du monde entier vont disputer leur Coupe du monde de football à partir de dimanche et durant une semaine au pied de la Tour Eiffel sur le Champ de Mars à Paris.
Pour cette 9e édition de la Homeless World Cup (HWC), des joueurs de 64 équipes — 48 masculines, 16 féminines — venues de 53 pays vont s'affronter, mais surtout se rencontrer et partager, avec l'espoir de mieux rebondir. «Le but du jeu est de trouver un état d'esprit commun pour pouvoir avancer. Pour suivre une formation, pour obtenir un boulot, il faut être dynamique. Le sport le permet, il donne des repères», souligne Patrick Mbeu, membre du Comité local d'organisation (CLO) de cette Coupe du monde des personnes sans abri. «La passe au foot renvoie à la notion de partage. On parle d'intégration, d'assimilation, mais pour atteindre un but, il faut avancer dans le bon sens avec tout le monde, respecter les consignes. C'est l'essence même de cet événement». Passé lui-même par «la grande précarité», Patrick Mbeu symbolise l'état d'esprit des organisateurs d'un événement mis sur pied pour et par les sans-abri. «Je suis passé du statut d'aidé au statut d'aidant», explique le joueur de l'édition 2007 de la compétition à Copenhague, désormais membre du collectif «Remise en jeu». Ce collectif créé en 2006 par des associations de lutte contre l'exclusion soutenant un projet d'insertion par le sport, a été chargé de la préparation de l'équipe de France des personnes sans-abri. Arezki Saouli et Samir Amira sont devenus entraîneurs des équipes de France masculine et féminine 2011 après avoir été joueurs de la Homeless World Cup 2010 à Rio de Janeiro.
«Il y a 140 000 personnes sans-abri en France, dont 10 à 15 pour cent de femmes», rappelle Benoît Danneau, le directeur du CLO, qui entend faire de l'événement une énorme caisse de résonance en faveur des personnes en grande difficulté. Ainsi, pour la première fois dans l'histoire de la Homeless World Cup créée en 2003 par l'Écossais Mel Young, un colloque sur la problématique de l'exclusion va réunir des chercheurs du monde entier en parallèle de la compétition. «Des personnes en difficultés, des bénévoles, des travailleurs sociaux, des chercheurs et on l'espère des hommes politiques vont tour à tour prendre la parole dans une espèce de rassemblement collectif afin de mettre en lumière les pratiques professionnels des uns et des autres, offrir des éclairages en terme de nouveaux savoir-faire, explique Benoît Danneau. Échanger sur les pratiques professionnelles, mutualiser ces pratiques, cela ne s'est jamais fait. À l'exception de la Coupe du monde, il n'y a aucun rassemblement international où vous avez sur la question des personnes à la rue autant de pays présents». Le CLO espère encore laisser un héritage inédit de l'événement en matière d'insertion avec la volonté de créer un Centre national d'insertion par le sport et la culture (CNISC). Ce lieu de vie pourrait accueillir pour des séjours d'un mois une trentaine de personnes sans-abri afin de lancer un projet professionnel durable. Le budget d'un million d'euros dégagé par le CLO va permettre l'hébergement dans de bonnes conditions de 640 personnes sur 10 jours et de vrais repas fournis quotidiennement aux participants à l'École militaire. «Paris 2011 HWC est un fabuleux tremplin pour les personnes en situation d'exclusion, pour retrouver l'espoir et une place dans la société», souligne Arsène Wenger, manager d'Arsenal et président du CLO, qui a encore pour parrains Emmanuel Petit et Lilian Thuram, les ex-champions du monde 1998. La HWC, qui sonde les participants six mois après l'événement, estime que «70 pour cent des joueurs voient leur vie évoluer en mieux»: retour à l'emploi, retour à la famille, hébergement qui s'améliore, dépendance qui diminue.
«Je veux, si je suis élu président de la République, que d'ici à deux ans, plus personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir et d'y mourir de froid. Parce que le droit à l'hébergement, c'est une obligation humaine», avait déclaré Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, en décembre 2006. L'annonce par le gouvernement en 2011 d'une réduction de 3,3 pour cent du budget de l'hébergement d'urgence et la baisse des budgets des associations pouvant atteindre 25 pour cent ont mis en ébullition les milieux de l'entraide. La démission en juillet de Xavier Emmanuelli, le fondateur et président du SAMU social, est seulement la partie émergée d'un iceberg de contestation grandissante. Le CLO s'inquiète de possibles manifestations qui pourraient mettre en danger la Coupe du monde des sans-abri. «L'idée est de ne laisser personne sur la touche. Venez pour soutenir, pas pour manifester, explique Patrick Mbeu, en charge de la cérémonie de clôture le dimanche 28 août qui verra le passage de témoin au Mexique, organisateur de la HWC 2012. Sinon cela créerait une situation discriminatoire et une double peine pour les personnes des délégations déjà lourdement condamnées par la grande précarité qu'elles connaissent dans leurs pays.»
JEAN-LUC COURTHIAL, THE ASSOCIATED PRESS