Ouattara a peut-être gagné aujourd'hui mais sa victoire a surtout montré les faiblesses du président élu il y a quatre mois. Ce n'est pas lui qui a finalement délogé et fait prisonnier son rival Laurent Gbabgo mais les forces de l'ONU menées par l'armée de l'ancien colonisateur. Un péché originel qui laisse mal augurer de sa présidence dans un pays où les plaies restent vives avec la France et seront encore avivées par les partisans de Laurent Gbabgo, qui a montré qu'il était prêt à tout pour rester au pouvoir.
Sarkozy voulait au début de son mandat mettre fin aux compromissions, trafics d'influence et interventions de la Françafrique. Mais, même encadrée par une résolution de l'ONU et soutenue par les pays de la région, cette mission de la France s'apparente aux interventions d'antan et risque d'être vue comme telle par les jeunes africains en mal de «printemps démocratique».
Seconde faiblesse de Ouattara, sa victoire repose sur la force de frappe de son allié et ancien chef de guerre Guilaume Soro. Celui-ci risque de monnayer durement son soutien et les massacres commis dans l'Ouest du pays montre que l'ancien responsable du FMI, démocratiquement élu, est loin de contrôler sa branche armée. Dans ces conditions, la tâche de Ouattara s'annonce immense. Il doit au plus vite montrer son indépendance et tenter de réconcilier un pays divisé, blessé et humilié.