Un grand scandale politique qui aurait déstabilisé voire renversé la plupart des gouvernements européens, va, semble-t-il, passer quasiment inaperçu en France.
Ce scandale, c'est celui des liens entre l'Elysée et le cabinet d'études de Patrick Buisson : Publifact.
Pour faire simple, dans un rapport sur la « Gestion des services de la Présidence », la Cour des comptes s'étonne du coût très élevé des prestations d'un cabinet d'études chargé de commander des sondages qu'on retrouve dans certains médias. En fait, l'Elysée a payé 392 000 euros au cabinet de Buisson qui a payé 190 000 euros à l'institut Opinon Way des sondages retrouvés quasiment à l'identique dans Le Figaro et sur LCI qui les ont payés 50 000 euros, un chiffre largement en deçà des prix pratiqués...
C'est pourquoi de nombreux observateurs ont évoqué une certaine « coproduction » de sondages, car dans cette affaire la Présidence a finalement payé les trois quarts du prix normal des études.
Mais pourquoi ?
Premièrement car les sondages étaient toujours largement favorables au pouvoir : à la gloire du Président de la République et du gouvernement, ou hostile à l'opposition.
Deuxièmement parce que cela permettait de récompenser Patrick Buisson, ancien conseiller de Jean-Marie Le Pen et de Philippe de Villiers, grand artisan de l'absorption par Nicolas Sarkozy et l'UMP de l'électorat du FN, et spécialiste des sondages (notamment de la formulation de questions proposées aux instituts).
Le procédé permettait donc de financer par des fonds publics une entreprise de manipulation de l'opinion public allant des conseillers du Prince jusqu'à une Presse conciliante, en passant par un institut de sondage épinglé comme partisan depuis l'élection présidentielle de 2007.
Dans de nombreuses démocraties, un tel scandale aurait sonné le glas du pouvoir en place. En France, c'est pour le moment une affaire occultée par notamment le
malaise du Président lors de son footing du dimanche.
Comme le rappelle un intervenant à la fin d'un reportage consacré à Bob Denard et diffusé lundi soir : "En démocratie tout se sait, mais trop
tard".