Tribune publiée dans la Revue républicaine
Nous connaissons à gauche un tabou tenace avec le thème de la sécurité. Il est difficile d’en parler sans voir survenir les poncifs des bien-pensants qui rappellent que les politiques
sécuritaires tendent inexorablement vers le fascisme... Si les dérives droitières du « trop sécuritaire » sont certes à bannir, il est simpliste et contre indiqué de tomber dans le
« tout angélique » comme le font trop souvent certains.
La polémique née du film La Journée de la jupe en est un premier exemple. En effet, des journalistes et personnalités publiques se sont dits choqués par cette histoire d’un
professeur de français dans une banlieue difficile qui par un concours de circonstances décide de prendre en otage sa classe et demande à ce que soit instaurée une journée dans les collèges où
les filles pourront porter une jupe sans être insultées. Le film serait d’après eux, tout simplement réactionnaire voire raciste, alors qu’il s’agit plutôt d’un plaidoyer pour la tolérance, la
laïcité et la démocratisation du savoir. Un film qui se base également sur une réalité sociale à condamner : celle du climat de violence dans certains quartiers (la très récente mort d’un
jeune durant une rixe en est la preuve) et celle des jeunes filles dans les banlieues difficiles, qui, par leur tenue vestimentaire, sont rendues responsables de provocations à l’égard d’hommes
vertueux... Comme si les agressions de type « tournante » ne résultaient pas de la perte totale du sens des réalités par des jeunes hommes ignorant le respect élémentaire dû aux
femmes.
Autre exemple avec la polémique provoquée par la vidéo d’une agression dans un bus de la RATP, pour laquelle les nombreux commentaires indignés visaient seulement son utilisation nauséabonde faite par l’extrême droite et surtout les circonstances de sa « fuite » sur Internet (l’agent de police à l’origine de la divulgation de la vidéo est d’ailleurs en garde à vue), mais bizarrement pas l’agression elle-même : sa violence, sa gratuité, et sa triste banalité.
Depuis longtemps, et encore aujourd’hui, une partie de la gauche daigne seulement parler de sécurité en termes de circonstances absolutoires, c’est-à-dire en prônant une politique d’atténuation
des causes sociales de l’insécurité : chômage des jeunes, abandon de certains quartiers, crise du logement, etc. Il est vrai que combattre l’insécurité passe en premier par une politique
sociale volontariste, mais se cantonner à cet aspect des choses relève de l’angélisme utopiste, car en attendant que l’action sociale ait des conséquences effectives, les pouvoirs publics
laissent les plus démunis d’entre nous dans une situation d’insécurité. En effet, nous ne devons pas oublier que ce sont les plus humbles qui ont besoin de voir sécuriser leurs familles
et leurs biens, car les notables ont les moyens de se sécuriser seuls derrière les hauts murs de leurs lotissements.
La République a l’obligation de protéger les citoyens dans leur ensemble, et tant que les facteurs sociaux ne seront pas corrigés par les mesures de solidarité nationale, il sera nécessaire
d’offrir la sécurité à ceux qui en ont le plus besoin.
Aussi, ce sont bien les deux aspects de la sécurité que nous devons, à gauche, accepter et défendre : l’action sur les causes sociales (prévention), et l’action sur les crimes et délits,
même les plus anodins (répression), afin de remplir enfin un aspect primordial du pacte républicain entre gouvernants et citoyens.