Libération a publié le week-end dernier un intéressant entretien avec l’historien Emmanuel de Waresquiel tordant le cou à l’absurde idée de comparer Nicolas
Sarkozy avec Napoléon Bonaparte comme le fait par exemple Alain Duhamel.
Morceaux choisis :
« Il n’est ni un nouveau Bonaparte ni un nouveau Napoléon. C’est un énorme anachronisme, ne serait-ce que parce qu’il n’est heureusement pas arrivé au pouvoir à la suite d’un coup
d’Etat. Il n’est pas non plus un fondateur comme a pu l’être le Premier consul. Lorsqu’on regarde l’œuvre de Bonaparte au lendemain de Brumaire, on est impressionné : il signe vingt traités de
paix avec l’Europe, conclut un concordat avec l’Eglise, met en chantier le code civil, etc. Il s’agissait alors de terminer la Révolution. Si Nicolas Sarkozy était l’homme d’une telle œuvre,
cela se saurait. Il n’est pas non plus Napoléon. L’empereur s’inscrivait dans la lignée d’Alexandre le Grand ou de Charlemagne. Or, Nicolas Sarkozy est profondément l’homme du présent, d’un
présent immédiat aussi fin qu’une feuille de papier à cigarette »
« Nicolas Sarkozy vit, lui, dans le mythe du rêve américain, y compris dans sa vie privée, en s’inscrivant mentalement dans le modèle fabriqué pour le couple Kennedy. Mais la comparaison
s’arrête là. A la fin de son règne, Napoléon avait, comme De Gaulle, véritablement le sentiment «d’être» la France. Bref, la France lui appartenait »
« S’il n’est pas Bonaparte, est-il au moins bonapartiste ? Je ne le crois pas non plus. Le bonapartisme, ce fut le gaullisme, pas le sarkozysme. Aujourd’hui, nous avons plutôt une droite
louis-philipparde, à la manière du dernier Guizot. Le bonapartisme est très différent : il repose sur l’égalité et la gloire. Or, quelle gloire peut revendiquer Nicolas Sarkozy
? »