Un récent sondage nous indique qu'à la question : "qui incarne le mieux la région du Nord-Pas de Calais ?", 71% des sondés répondent Dany Boon devant le
Général De Gaulle avec seulement 42 %.
Cet anecdotique information révèle une fois de plus l'ampleur de ce que Paul Valéry qualifiait déjà en 1919 de Crise de l'esprit "causée par la perte du capital culturel, ou la raréfaction de
ces hommes qui savaient lire : vertu qui est perdue, ces hommes qui savaient entendre et même écouter, qui savaient voir, relire, ré-entendre et revoir".
La culture fait place au loisir, pire elle est noyée dans le loisir.
Si Bienvenue chez les ch'tis peut être considéré comme un bon divertissement il faut s'alarmer quand on en fait un élément essentiel pour la représentation d'une société. Ce
relativisme culturel confine certains publics dans une médiocrité qui n'a plus rien à voir avec le but légitime d'une culture populaire. C'est même le contraire qui se produit puisque ce
processus permet de conforter un usage élitiste de la culture. Comme le rappelle Michel Schneider : "La France pourra peut-être s'enorgueillir bientôt d'une élite cultivée prônant
l'inculture de masse [...] l'essentiel était de rester entre soi. L'élitisme n'est pas toujours où on le dit" (La comédie de la culture, Seuil, 1993).